Avec "Performing Art", Noé Soulier fait danser les œuvres et les régisseurs sur la scène du Centre Pompidou.

Performing Art de Noé Soulier au Centre Pompidou.

Nous l’avons évoqué dans plusieurs newsletters de l’année précédente, de nombreux chorégraphes, à l’invitation des institutions muséales, tentent/testent des propositions inédites à partir de la question suivante : comment la danse peut-elle investir le musée c’est à dire s’exposer ou se donner à voir autrement que dans un rapport scénique et frontal avec le public ?

Noé Soulier, jeune chorégraphe qui a déjà eu l’occasion de performer de nombreuses fois dans des lieux d’art a décidé de retourner la proposition : à la question de savoir comment amener la danse au musée, il y substitue la proposition inverse d’amener le musée sur une scène (de danse).

Soit sur scène une cimaise blanche, et au sol le parquet reconnaissable tel qu’on le foule aux pieds dans les salles du musée du Centre Pompidou. Peu à peu les équipes de régisseurs, non danseurs rappelons le, vont faire, dans un ‘ballet’ mis en scène par le chorégraphe, ce qu’ils font quotidiennement au musée, à savoir l’installation et l’accrochage des œuvres dans un mouvement quasi permanent d’allers-retours. Fait assez rare, ce n’est plus le spectateur qui se déplace et déambule dans une salle du musée, ce sont les œuvres elles-mêmes qu’on déplace sous le regard de spectateurs assis. Autant dire qu’il est rare que des œuvres d’art de première importance soient fassent spectacle de cette sorte. Ajoutons aussi que tous les médiums sont représentés : peinture, photographie, design, sculpture, vidéo, installation.

Conseillé par Marcella Lista, conservatrice au Musée du Centre Pompidou, Noé Soulier fait ici d’abord un vrai travail curatorial dans le choix des oeuvres et leur mise en relation pour créer des environnements sensibles, comme des instantanés ou des tableaux chorégraphiques, avant d’être défaits par ceux-là mêmes qui les ont installés avec grande précaution.

Dans son projet pour le centre Pompidou, le but de l’accrochage reste essentiel. Le travail du chorégraphe vient alors organiser l’installation des œuvres dans l’espace, le mouvement des régisseurs, les modalités de leur arrivée et sortie de scène comme celles des oeuvres, la temporalité des actions et leur hiérarchie, etc., en maintenant le but pratique de l’ensemble des actions.

Difficile et lourde à mettre en place, car les musées ne sont pas forcément prêts à faire sortir les œuvres de leurs réserves pour les mettre en scène sur scène (sur une liste de demandes concernant 150 œuvres, seule une vingtaine a été acceptée et toutes postérieures à 1960), cette proposition radicale n’est pas étonnante de la part de ce chorégraphe qui sorti l’année passée un petit ouvrage intitulé Actions, mouvements et gestes (éd. Presses du Réel). Il n’est pas dit que d’autres institutions muséales lui passent commande d’une telle proposition avec leurs propres œuvres. On ne regrette alors pas d’en avoir été le spectateur au Centre Pompidou.