La règle de trois de Jan Martens

C'était hier ! 

# Rule of three de Jan Martens, Théâtre de la Ville/Espace Pierre Cardin.

Sur le mur noir du fond de scène, des phrases peintes en grand format dressent comme une liste. S’agit-il d’un track listing ? Des titres de nouvelles, les chapitres d’un livre, puisque le programme mentionne des histoire courtes de Lydia Davis ? Peut-être est-ce tout cela à la fois.
Dans l’angle, une batterie et des éléments de lumières (projecteurs, rampes lumineuses).
Le spectacle débute avec l’entrée d’un musicien seul sur scène pour une introduction percussive hautement nerveuse, tribale, pulsative qui déclenche des flashs de lumières bleutés sur une scène encore dans la pénombre. Puis le rythme laisse place à une boucle de son échantillonné qui se transforme en une matière sonore qui marque l’entrée d’une danseuse et de deux danseurs.
Cette entrée en matière (sonore) nous invite déjà à penser ce que confirmera l’ensemble de la pièce : le son joué live, mixé et retraité, malaxé en direct tient une place primordiale dans cette création et constitue sans nul doute l’ossature même de la chorégraphie, voire même en fournit une partie de son vocabulaire : rythme/énergie, échantillon/sampling, boucle /répétition, reprise/déplacement.
La pièce va se poursuivre alors dans cette alternance de rythmes joués à la batterie et d’atmosphères electro-noisy découpant l’espace sonore et par la même la chorégraphie en autant de tableaux dansés par deux hommes et une femme, ensembles ou séparément.
De celle-ci, il faut bien dire qu’elle nous semble si petite face à ces deux danseurs qui apparaissent alors tels des géants, que cela nous invite à nous poser immédiatement la question de cette « règle de trois » évoquée dans le titre même de la pièce et qui suppose d’introduire un terme supplémentaire pour déterminer un rapport d’égalité et d’équilibre.
Pour notre part, tout au long du spectacle s’est dessinée en filigrane cette idée que se cachait alors quelque part un quatrième terme qui rendait possible ce qui se déroulait sous nos yeux, et maintenait l’équilibre fragile d’une danse pourtant toute en énergie faite de pas sautés et de déplacements continus.
C’est sans doute aussi là une des clefs du spectacle. Derrière ce découpage en tableaux successifs façons puzzle et cette physicalité d’une danse toute en énergie maitrisée, la pièce se structure et se déplie en quelque sorte selon une organisation plus rigoureuse qu’il n’y paraît : à la première séquence qui propose un musicien seul en scène dans une atmosphère sombre et tribale, le final répond par son exact opposé : seuls les danseurs restent sur le plateau dans une lumière crue et un silence absolu. Dans cette dernière partie ou la danse peut sembler absente le public devient alors le spectateur des danseurs qui, entre attente et hésitation, tentent de recomposer et de retrouver avec leurs seuls corps dénudés une forme d’unité et d’équilibre en introduisant cette inconnue, une forme de magie, qui les fait (se)tenir ensemble en équilibre là sous nos yeux.