Playback, Eddies, Loom de Yuval Pick

C'était hier !

Playback, Eddies, Loom de Yuval Pick, festival Faits d'Hiver

Après sa création Acta est Fabula au Théâtre national de Chaillot, Yuval Pick proposait la reprise de 3 pièces plus anciennes dans le cadre du festival Faits d’Hiver : Playback, Eddies, et Loom.
Playback de 2010, est une pièce pour 3 interprètes, 2 hommes et 1 femme, construite à partir de fragments de grands classiques de Bach que lancent les danseurs eux-mêmes à partir d’un Ipod posé sur le plateau. Au sol un quadrilatère blanc définit une ‘aire de jeu’ sur laquelle vont évoluer les interprètes. Ici tout est affaire de poids et d’équilibre dans cette manière de composer des sculptures mouvantes à deux ou trois, où l’un n’est rien sans l’autre. Il y a aussi quelque chose de la métamorphose animale ou faunesque dans ces formes vivantes que créent les danseurs par l’agencement de leurs corps.
Pour Loom, deux danseuses débutent face à face. Leurs respirations synchrones les amènent dans un mouvement constant d’ondulation de tout le corps partant du haut passant par le torse, puis le bassin jusqu’aux jambes. On suit, totalement fasciné, la colonne d’air qui parcourt le corps dans toute sa verticalité. Les bras restent neutres. Les danseuses ne se lâchent pratiquement jamais des yeux même lorsqu’elles se déplacent, faisant cause commune dans ce travail d’inspiration et d’expiration, créant ainsi de leurs deux corps et entre leurs corps, un espace élastique, mouvant, perceptible par le spectateur. Parfois la partition musicale se superpose à la chorégraphie puis disparaît laissant de nouveau entendre la respiration des danseuses qui dessinent leur partition commune avec son rythme, ses contrepoints, ses inflexions. Une pièce remarquable et époustouflante à bien des égards.
Eddies termine la soirée avec 4 interprètes de noir vêtus, plongés dans une atmosphère crépusculaire. Sur une partition musicale sombre et ‘bruitiste’ deux femmes et deux hommes vont déployer une danse énergique et tendue faite de traversées qui viennent trancher l’espace, le découper. Les corps sont souvent dans des positions d’extension renforçant cette impression de tension et d’éclat comme la taille d’une pierre précieuse. Une pièce forte et prenante qui vient à point clôturer une belle soirée.
Vu le 30 janvier au Théatre de la Cité internationale.