Arno Schuitemaker, Noe Soulier, Clément Cogitore

C'était hier !

# While we Strive, chorégraphie de Arno Schuitemaker, à Micadanses dans le cadre du festival Faits d'hiver.

Sur le plateau nu, 3 petits objets posés au sol ; en fond sonore un léger bruit de soufflerie, lointain.
Trois danseurs entrent en scène et viennent se placer face au public. Ils se regardent ou nous fixent avec insistance, le sourire aux lèvres. Il y a quelque chose de ludique dans cette présence sans pathos. Quelques instants s’écoulent ainsi puis ils vont se saisirent de l'objet posé non loin derrière chacun d’entre eux. A cet instant le son devient plus présent. On comprend alors que ces objets sont de petites enceintes bluetooth, qui une fois retournées et empoignées, diffusent une trame sonore en continu qui va peu à peu se développer. Chaque danseur revient face au public avant de se mettre à jouer avec cette enceinte qu’il gardera toujours ainsi dans la main.
Avec ce simple geste de la main qui s'éloigne ou se rapproche du corps et explore l’espace dans toutes ses dimensions, le son se spatialise peu à peu, d’autant plus que les danseurs prennent aussi possession du plateau en se (dé)plaçant à égale distance les uns des autres. Ensemble, à l’unisson, ils vont développer les étapes successives d'un mouvement, qui partant de la main, devient plus ample et se propage au bras puis à l'épaule pour gagner le reste du corps tout entier, dans une écriture chorégraphique faite de répétitions, de variations - de vitesse et d’intensité - et d’accumulations de ce geste initial.
Finalement une forme de boucle se met en place car on ne sait plus si c'est le danseur qui spatialise le son dans ses multiples variations de déplacements ou si c’est le son, qui gagnant aussi en volume au sein duquel apparaissent peu à peu des figures rythmiques plus marquées, amène les danseurs à occuper l'espace du plateau et à développer une danse d’une grande physicalité.
Si les danseurs enchainent les variations à l’unisson, la dernière partie les voit s’en affranchir pour poursuivre cette ‘transe’ individuelle qui s’achève sur un cut du son et de la lumière.
A partir d’une proposition toute minimale avec ses développements successifs, ses multiples variations, une haute intensité d’interprétation, on assiste à une belle pièce qui établit un lien très immédiat et jouissif entre le son et le mouvement.
Quand voir, c’est entendre et entendre, c’est voir. Un chorégraphe à suivre assurément.



# Performing Art de Noé Soulier au Centre Pompidou.
Nous l’avons évoqué dans plusieurs newsletters de l’année précédente, de nombreux chorégraphes, à l’invitation des institutions muséales, tentent/testent des propositions inédites à partir de la question suivante : comment la danse peut-elle investir le musée c’est à dire s’exposer ou se donner à voir autrement que dans un rapport scénique et frontal avec le public ?
Noé Soulier, jeune chorégraphe qui a déjà eu l’occasion de performer de nombreuses fois dans des lieux d’art a décidé de retourner la proposition : à la question de savoir comment amener la danse au musée, il y substitue la proposition inverse d’amener le musée sur une scène (de danse).
Soit sur scène une cimaise blanche, et au sol le parquet reconnaissable tel qu’on le foule aux pieds dans les salles du musée du Centre Pompidou. Peu à peu les équipes de régisseurs, non danseurs rappelons le, vont faire, dans un ‘ballet’ mis en scène par le chorégraphe, ce qu’ils font quotidiennement au musée, à savoir l’installation et l’accrochage des œuvres dans un mouvement quasi permanent d’allers-retours. Fait assez rare, ce n’est plus le spectateur qui se déplace et déambule dans une salle du musée, ce sont les œuvres elles-mêmes qu’on déplace sous le regard de spectateurs assis. Autant dire qu’il est rare que des œuvres d’art de première importance soient fassent spectacle de cette sorte. Ajoutons aussi que tous les médiums sont représentés : peinture, photographie, design, sculpture, vidéo, installation.
Conseillé par Marcella Lista, conservatrice au Musée du Centre Pompidou, Noé Soulier fait ici d’abord un vrai travail curatorial dans le choix des oeuvres et leur mise en relation pour créer des environnements sensibles, comme des instantanés ou des tableaux chorégraphiques, avant d’être défaits par ceux-là mêmes qui les ont installés avec grande précaution.
Dans son projet pour le centre Pompidou, le but de l’accrochage reste essentiel. Le travail du chorégraphe vient alors organiser l’installation des œuvres dans l’espace, le mouvement des régisseurs, les modalités de leur arrivée et sortie de scène comme celles des oeuvres, la temporalité des actions et leur hiérarchie, etc., en maintenant le but pratique de l’ensemble des actions.
Difficile et lourde à mettre en place, car les musées ne sont pas forcément prêts à faire sortir les œuvres de leurs réserves pour les mettre en scène sur scène (sur une liste de demandes concernant 150 œuvres, seule une vingtaine a été acceptée et toutes postérieures à 1960), cette proposition radicale n’est pas étonnante de la part de ce chorégraphe qui sorti l’année passée un petit ouvrage intitulé Actions, mouvements et gestes (éd. Presses du Réel). Il n’est pas dit que d’autres institutions muséales lui passent commande d’une telle proposition avec leurs propres œuvres. On ne regrette alors pas d’en avoir été le spectateur au Centre Pompidou.
# Les Indes Galantes de Clément Cogitore.
Si vous ne connaissez rien au Krump, danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90, allez voir le beau film réalisé par Clément Cogitore avec la complicité de 3 chorégraphes. C’est une commande de l’Opéra de Paris, pour son site 3ème scène, passée auprès de ce jeune artiste/cinéaste. A regarder par ici :

Pour en savoir plus sur cette commande et ce qui a guidé Clément Cogitore dans ses choix et sa réalisation c’est par là >.

Ajoutons pour finir qu’il bénéficie parallèlement d’une très belle exposition au BAL, Braguino ou la communauté impossible et que 3 de ses films viennent d’entrer dans les collections du Musée du Centre Pompidou.