"Infini" de boris Charmatz, "Sweat Baby Sweat" de Jan Martens, "Fin et Suite" de Simon Tanguy

C'était hier ! 

< Théâtre de la ville - Espace Pierre Cardin >

# infini de Boris Charmatz, Espace Pierre Cardin.
On peut voir infini, nouvelle pièce de Boris Charmatz, comme une suite logique à sa précédente et très belle création intitulée 10000 gestes, dans une forme restreinte à quelques interprètes mais toujours dominée par la profusion des gestes et une vitalité telle que le corps semble constamment débordé sans aucune considération technique ou esthétique. On comprend, en découvrant les gyrophares disposés sur ce petit plateau qui donnera l’impression de pouvoir exploser tant les corps seront pris de frénésie, que l’urgence sera au rendez-vous. Folie des corps et des gestes à laquelle répond la folie des nombres et de ces séries de chiffres énumérés par les 6 interprètes à l’unisson : car dans cette pièce en même temps que l’on danse, on compte ; on chante aussi quelques fois. Mais on compte surtout toutes sortes de suites mathématiques et infinitésimales, on compte les moutons, les grandes dates de l’histoire, on compte la musique et le temps qui passe avec cette agilité à bifurquer d’une série à l’autre, pour nous mener au final à ce dernier nombre qui pourrait bien être celui de notre propre fin. Quand l'infini se dérobe immanquablement... Vu le 14/09
 infini Boris Charmatz

< Théâtre de la ville - Les Abbesses >

# Fin et suite de Simon Tanguy.
Autre fin possible ici : celle de la fin du monde. Sur le bord de scène 3 jeunes femmes et un homme, les regards légèrement hébétés, fixent au loin devant eux ce qu’ils décrivent comme une lumière jaune. Leur diction est difficile comme s’ils avaient pris de l’acide ou tout autre substance.  Ils n’en sont pas moins bavards cherchant chacun leur tour une explication à ce phénomène lumineux qui leur apparaît et dans lequel ils perçoivent la fin du monde à venir. Que faire alors du temps qu’il reste ? De considérations cocasses en angoisses métaphysiques les 4 amis déroulent une danse plus complexe qu'il n'y paraît et terriblement efficace ou les partenaires se croisent et s’échangent sur un plateau dépouillé de tout artifice. Et peu à peu on y croit à cette fin du monde qui va bientôt les toucher de plein fouet. Si l’on peut rire souvent aux commentaires des uns et des autres c’est pourtant à notre propre disparition que nous renvoie le dernier tableau, lorsque dans une semi-pénombre, cette fameuse lumière jaune qui nous était restée invisible jusque-là apparaît du fond du plateau ; les 4 danseurs entament alors une danse dos au public pour disparaître peu à peu dans la pénombre nous laissant seul avec cette question : que ferai-je du temps qu’il me reste. Vu le 18/09
https://www.youtube.com/watch?v=GqEDwRb1OKU

< Lafayette Anticipations >

# Sweat Baby sweat de Jan Martens.
Sweat baby sweat est un duo créé en 2011 par le chorégraphe flamand Jan Martens, bien avant qu'il soit surtout remarqué avec The Dog Days Are Over (2014) et Rule of Three (2017). Dans ces 3 pièces on retrouve Steven Michel, ici au côté de la frêle Kimmy Ligtvoet. Mais il faudrait plutôt dire face à face car l'intensité de ce duo tient aussi pour beaucoup à cette relation des 2 interprètes qui ne se quittent pratiquement jamais des yeux, collés l'un à l'autre, portés, soutenus l'un par l'autre, se maintenant dans un équilibre fragile et précaire et sans jamais faiblir, constituant un corps hybride se recomposant sans cesse jusqu'à sa séparation inévitable. Si on est invité à lire ce duo comme une longue et belle étreinte amoureuse, il questionne également la nature de cette forme si particulière dans le champ de la danse. Vu le 19/09
https://vimeo.com/32367882
 

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