"Samsara" de Jann Gallois à Chaillot

C'était hier !  

< Le Théâtre de la Danse de Chaillot >

# Samsara de Jann Gallois.

Jann Gallois, jeune chorégraphe et artiste associée au Théâtre national de la Danse de Chaillot, signe ici sa deuxième pièce de groupe après Quintette présentée l’année dernière en ce même lieu. Dans un dispositif analogue au white cube, sept danseu.rs.ses se présentent sur le plateau liés par un système d’attache de cordages qui les contraint à se déplacer ensemble durant toute la pièce. Et dès lors par ce dispositif, le/les mouvement/s de l’un se répercutent immanquablement sur le groupe, sa disposition ou son ordre de marche, car c’est aussi ainsi groupés que les danseurs doivent se déplacer malgré les désirs de séparation des uns ou des autres. Enchainant dans un premier temps des séquences de gestes de plus en plus rapides à la manière des personnages des anciens cartoons américains, cette introduction qui prête à une certaine drôlerie, laisse place à un autre questionnement auquel fait référence le titre de la création : Samsara, soit le cycle des renaissances dans la terminologie bouddhiste dont on ne sort qu’en se libérant justement de ses ‘attachements’. Ce à quoi s’évertuent tour à tour les interprètes, seuls ou à plusieurs qui emmêlés dans les cordages et prisonniers de leur lien, marionnettes ou marionnettistes à tour de rôle, cherchent à s’en extraire. Car la grande question est là : comment se défaire de ses attaches, de ses désirs et probablement aussi de ses illusions. Cela n’est possible que par une quête d’élévation spirituelle illustrée à 3 reprises dans la pièce et particulièrement dans ce beau final ou les corps s'élèvent au-dessus du sol tel un mobile projetant son ombre à la manière d’une lanterne magique sur le sol et le fond de scène. Ce dénouement ou ce point d'orgue comme on voudra mériterait à lui seul d'aller voir cette pièce.

On retrouve dans Samsara les qualités de danse déjà remarquées dans Quintette, notamment une danse de groupe, des mouvements initiés par des déséquilibres et des suspensions, un travail de décomposition articulaire à la base du hip hop qu’a pratiqué Jann Gallois, et des emprunts à la danse contact. On ne s’étonne pas d’ailleurs de retrouver parmi la distribution deux danseurs interprètes dans la pièce Les Sauvages de Sylvère Lamotte : Jean-Charles Jousni et Jérémy Kouyoumdjian. Ajoutons à cela une bande sonore précise et une dimension ou l’acrobatie n’est pas absente, tout cela fait de cette pièce un spectacle ciselé qui plaira également à un jeune public. Vu le 15//11/2019.