Merce Cunningham et Alessandro Sciarroni, double programme du Ballet de l'Opéra de Lyon.

C'était hier !  

< Le 104 >


# Winterbranch de Merce Cunningham.
Le portrait qu'a consacré le Festival d'Automne à Merce Cunningham s'est achevé avec un double programme donné par le Ballet de l'Opéra de Lyon et qui associait le chorégraphe américain disparu il y a 10 ans à un autre chorégraphe et performeur qui est lui toujours bien vivant : Alessandro Sciarroni. Plus de 50 ans séparent les 2 pièces ; celle de Merce Cunningham, Winterbranch, fut créée en 1964 dans une scénographie (lumières, décor et costumes) du peintre Robert Rauschenberg bien dans l'air du temps de ces années d'expérimentations croisées. Cunningham et Rauschenberg s'étaient rencontrés dans les années 1950 au Black Mountain College. 
Pour Winterbranch, danseuses et danseurs sont vêtus de noirs et de baskets blanches, le dessous des yeux soulignés d'un trait noir comme des joueurs de football américain. Le premier danseur à traverser le plateau, le fait au sol, le corps entièrement entravé par son vêtement. Ainsi est posé le postulat de cette pièce envisagée comme un travail en rapport avec le sol, somme toute inhabituel chez Cunningham. Les danseurs enchainent donc des séquences, répétées plusieurs fois le plus souvent, les amenant au sol puis en repartant pour reprendre leur verticalité, avec cette qualité de mouvement si particulière au chorégraphe.
Le plateau reste baigné dans une relative pénombre pendant toute la durée de la pièce, uniquement zébré d'éclats de lumières diffusés par des spots placés au ras du sol. Pour la scénographie, Rauschenberg souhaitait une nuit urbaine éclairée comme par des phares d'automobiles. La bande son stridente de La Monte Young surgit au 2/3 tiers de la pièce. On voit un caddy traverser la scène à un autre moment...
Tous ses éléments surgissent de manière aléatoire typique de la méthode du chorégraphe dans son processus créatif. D'ailleurs pour cette représentation au 104, le mur de fond était ouvert sur la halle extérieur. Ainsi vinrent s'immiscer en arrière-plan les ombres de quelques passants et les phares d'un petit véhicule, situation inattendue mais totalement en phase avec la place accordée au hasard dans l'écriture chorégraphique de ces pièces des années 1950/1960. Une pièce qui sous son apparence sombre n'en demeure pas moins apte à rendre compte de la fraîcheur et de l'esprit de ces années qui vont voir éclore la post-modern dance.


# Turning_motion Sickness version de Alessandro Sciarroni.

Alessandro Sciarroni est connu depuis quelques années pour son travail sur la répétition de gestes simples qu'il pousse jusqu'à atteindre une certaine forme d'épuisement de ses interprètes. Depuis quelques années il s'intéresse également à la giration. Il avait déjà présenté au 104 en 2017, un solo dans lequel il tournait sur lui-même intitulé CHROMA_Don’t Be Frightened of Turning the Page. Dans cette création de 2016 pour le Ballet de l'Opéra de Lyon, on en retrouve les éléments essentiels
mis au service d'un groupe de danseurs. 
Ceux-ci restent d'abord de longues minutes face aux spectateurs à scruter les gradins avant que l'un d'entre eux ne commence à marcher en dessinant un cercle qui le ramène à son point de départ. Puis chacun entre successivement dans son propre cercle dans une marche régulière et continue, jusqu'à ce moment où comme par magie ils se retrouvent à l'unisson, dans un même mouvement circulaire, pour arriver face au public. Dès lors, ils commencent à dessiner des cercles sur eux-mêmes. Les bras viennent peu à peu donner des inflexions aux corps qui tournent (bras replié, bras tendu, levé au-dessus de la tête) sur une musique techno au beat puissant renforçant le caractère hypnotique de cette giration qui semble sans fin. Jusqu'à ce final en apothéose ou chacun des interprètes renchérit de prouesse technique pour tourner sur lui-même avec encore plus de vitesse, avant de revenir à son état premier d'immobilité du début de la pièce. Ce fut sans conteste une belle performance largement applaudie par un public qui ne s'y est pas trompé. 
Vu le 20/12/2019.

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