"People United" de Joanne Leighton au festival June Events

 
People United. Photo © A voir et à danser

People United, la dernière création de Joanne Leighton.

En septembre 2020 nous avions assisté, au Théâtre de la danse de Chaillot, à une répétition de la création en cours de Joanne Leighton, People United. La chorégraphe d'origine australienne installée en France avec sa compagnie WLDN, expliquait au public présent qu'elle travaillait avec les danseurs à partir d'un corpus d'images photographiques qu'elle avait constitué depuis de nombreuses année. Photographies de rassemblements collectifs, d'évènement festifs, de célébrations diverses de par le monde collectées depuis plus de 10 ans. A partir de cet atlas personnel, la chorégraphe se proposait de dégager les gestes les plus universels et de leur redonner corps sur un plateau de danse. Les mois sont passés et cette ultime création People United vient maintenant clore une trilogie débutée avec les pièces 9000 pas (2015) et Songlines (2018). 

Sans surprise pourrait on dire la pièce, avec ses 9 interprètent, débute par des arrêts sur images au sens propre du terme : mouvements figés quelques secondes, les interprètes ont le point levé, font des signes de la victoire, portent sur le visage le rictus du cri de révolte ou de la détresse que l'on connaît des instantanés pris dans de tels rassemblements. Personnes unies dans un même moment.

Mais ces arrêts sur images qui laissent éventuellement au spectateur le temps de reconstituer le contexte (poings levés aux J.O de Mexico, genoux à terre de Colin Kaepernick et Eric Reid, femen découvrant sa poitrine, etc.) laissent insensiblement place à un mouvement perpétuel de gestes qui par moment prend des allures de transe, voire même de chaos. Car l'enjeu de cette pièce n'est pas de figurer et figer des tableaux chorégraphiques comme des doublons de photographies mais de leur donner vie dans un échange et une transformation perpétuelle, comme un élan vital, de groupes à groupes, d'individus à individus. Ces gestes universels n'appartiennent à personne en particulier mais à tous car aussitôt faits et défaits qu'ils réapparaissent ailleurs dans d'autres circonstances : ici un couple d'hommes s'embrasse, plus loin un couple mixte fait de même, et si le contexte nous échappe, le geste relève pourtant bien d'une intensité commune. Et lorsqu'un un groupe d'hommes enroulés dans un tissu se congratulent, on ne sait plus s'ils sont de simples supporters ou des manifestants politiques.

Peu importe car c'est dans cet entre-deux que se situent la force et la beauté de cette pièce, dans cette farandole orgiaque de gestes à en perdre la raison qui n'en finit pas de tourner au diapason d'une bande son formidable qui mêle ou alterne, c'est selon, ballade pop, bruits urbains, musiques folkloriques, bribes de discours et rythmes survitaminés. Le bruit du monde en somme.

Pièce vue le 25 mai à l'Atelier de Paris / CDCN dans le cadre de June Events.