"Möbius" par la compagnie XY en collaboration avec Rachid Ouramdane

@ capture d'écran ARTE

Toujours plus haut avec la cie XY et sa pièce Möbius.

Nous avons découvert la compagnie XY sur le plateau de la grande halle de La Villette en juillet 2020, lors de répétitions ouvertes au public. C'était les retrouvailles des membres du collectif de circassiens après 4/5 mois de confinement et juste avant leur départ pour Barcelone où ils allaient jouer leur création Möbius

Arte TV diffuse actuellement la captation de cette pièce, entre voltige acrobatique et danse contemporaine. Devant un haut mur de pierres, les 19 interprètes, tout de noir vêtu, entrent sur le plateau les uns après les autres. Puis lentement ils lèvent les bras comme signe de leur envol. Ainsi commence la pièce dans laquelle toutes les figures de la geste acrobatique (portés, chutes, envols, plongeons) seront déclinées mais enrichies d'une écriture collective ciselée. 

Que dire de ses envols époustouflants, de ces portés de 2 cloués au sol à l'horizontal que d'autres viennent remettre à la verticale par un mouvement ondulatoire inédit ? La surprise est toujours au rendez-vous de ces chorégraphies aériennes dont on ne sait si elles prennent comme modèle les vols d'étourneaux ou les déplacements de bans de poissons, à moins qu'il s'agisse de poissons volants tout simplement. 

Dans cette chorégraphie aérienne, il n'y a jamais de rupture, ni de moment d'attente, plutôt un effet de vague et de ressac avec des accélérations et des décélérations, comme une élasticité des corps, du temps et de l'espace. Les interprètes dessinent en permanence des nuées délicates au sol comme dans les airs. On n'y est jamais seul très longtemps comme dans ce beau moment où l'une des interprètes comme perdue, esseulée sur le plateau, est rejointe par l'ensemble du collectif qui vient "l'absorber" et lui redonner toute sa place à l'intérieur du groupe dans une nouvelle élévation. Cette création revendique en quelque sorte ce phénomène de murmuration que l'on observe dans les déplacements de certains oiseaux en très grands groupes.

Bien au-delà d'une démonstration d'une technique strictement circassienne, le collectif insuffle un flux permanent d'énergie et développe une esthétique très contemporaine dans les nombreuses courses et la manière très keersmaekerienne de se laisser aller au sol, comme dans la sobriété des costumes noir et/ou blanc. La verticalité circassienne se trouve ainsi enrichie d'une exploration du rapport au sol propre à la danse contemporaine. La collaboration avec Rachid Ouramdane, nouveau directeur de Chaillot, a aussi favorisé une exploration de la vitesse et de la giration propre au chorégraphe comme le rappelle la note d'intention. Ajoutons la collaboration avec Jonathan Fitoussi et Clemens Hourrière pour la réalisation d'une bande son impeccable.

Aussi avant de retrouver Möbius dans le cadre de la programmation de la grande Halle de La Villette à Paris du 8 au 21 novembre, il est possible de découvrir cette création de 2019 sur Arte TV jusqu'au 11 novembre en replay. Et ce serait dommage de s'en priver.