Jeux (Igra) par la cie Kor'sia au festival Paris l'été

Jeux (Igra) de la cie Kor'sia : set et match ?

Le festival Paris l'été programmait Jeux (Igra en russe) une création de la compagnie madrilène Kor'sia, dirigée par Mattia Russo et Antonio de Rosa. La pièce, qui ne fait pas œuvre de reconstitution,  s'inspire librement du ballet Jeux chorégraphié pour les Ballets russes par Nijinsky en 1913 au Théâtre des Champs-Elysées, sur la partition de Debussy sous-titrée Poème dansé. L'argument du ballet est le suivant : à la nuit tombée dans un parc, trois jeunes gens, deux filles et un garçon, recherche la balle de tennis qu'ils ont égaré, prétexte à un jeu de séduction.

Flyer pour Jeux, photo @avoiretadanser
Ici le trio d'origine est devenu une pièce pour un groupe de sept interprètes. Le plateau s'est transformé en cours de tennis : au fond une rangée de chaises, sur lesquelles reposent les raquettes, fait office de tribune. Nous assisterons à une fausse partie de tennis après qu'un filet soit tendu entre deux poteaux et à un lâcher de balles jaunes tombant du ciel. Nous sommes loin de la pièce d'origine. Nous sommes prévenus, il ne s'agit pas de refaire la pièce de Nijinsky. Il ne reste d'ailleurs rien de la partition de Debussy remplacée ici par un sound track électro matiné de quelques réminiscences de chants russophones.
La pièce débute, sur ce cours déserté, par un solo féminin dansé très près du sol duquel se dégage une certaine sensualité. Puis se succèdent de (trop) nombreux tableaux : une séquence ou l'ensemble des interprètes habillés de blanc, cagoulés et lunettes noires entament à l'unisson une danse très mécanique et dans laquelle on croit reconnaître quelques gestes ou attitudes du ballet initial. S'ensuit l'apparition de 2 sculptures de facture classique qui disparaissent pour laisser place à une partie de tennis en double mixte sur ce cours virtuel. Après bien d'autres rebondissements avec balles ou raquettes, un tableau sur la théorie de l'évolution de l'homme et un dernier solo, masculin cette fois-ci, viennent clore la partie.   
La pièce est présentée comme "une réflexion sur le contexte historique et moral dans lequel l’œuvre fut créée" et notamment le lien potentiel de Nijinsky et sa sœur Nijinska avec le Bloomsbury Group. Pourtant, difficile de saisir la ligne directrice d'un propos sans doute multi référencé mais qui se perd dans l'empilement de tableaux successifs dont nous peinons à voir où ils souhaitent nous emmener, malgré quelques beaux moments de danse.

vu le 13/07/2022 dans le cadre du festival Paris l'été.
Interprètes : Giulia Russo, Angela Dermatte, Helena Olmedo Duynslaeger, Antonio de Rosa, Alvar Roquero,Miguel Arevalo Garcia, Benoit Couchot.