First Memory de Noé Soulier

Avec sa dernière création, First Memory, Noé Soulier nous invite à renouer avec notre mémoire corporelle.

Noé Soulier présentait First Memory dans le cadre du Festival d'Automne. C'est la première création du chorégraphe depuis sa nomination à la direction du CDCN d'Angers en 2020, une pièce pour 7 danseurs dans une scénographie de la plasticienne Thea Djordjadze, sur une partition de Karl Naegelen interprétée par l'Ensemble Ictus.

Julie Charbonnier dans First Memory de Noé Soulier
First Memory ©Anna Van Waeg

Avec First Memory, Noé Soulier approfondit une recherche entamée il y a plusieurs années. Il développe des chorégraphies à partir d'un vocabulaire de gestes
comme frapper, éviter, lancer, attraper, etc. mais dont il efface les buts pratiques car il ne s'agit pas de transposer des gestes du quotidien tels quels sur scène mais, en les transposant en un matériau et vocabulaire chorégraphiques inédits, d'en faire advenir une nouvelle expérience perceptive.

Scénographie mobile.

Sur le plateau trois cloisons amovibles, qui ne sont pas sans rappeler les cimaises du musée situé dans les étages supérieurs du Centre Pompidou, structurent des espaces que les danseurs, en les déplaçant, recombinent régulièrement en fonction des séquences chorégraphiques. Tout à la fois éléments de séparation, ou écrans de projection des ombres portées, ces cloisons viennent également soustraire au regard du spectateur ou des danseurs eux-mêmes des moments de danse (des unissons dansés à l'aveugle peuvent ainsi se désynchroniser brièvement pour devenir des canons). Ce procédé du montré / caché était déjà à l'œuvre avec la création Passages qui fut présentée à la Conciergerie du fait même de l'architecture du lieu (lire notre article). Cette scénographie mobile de Thea Djordjadze enrichit la pièce en jouant de cette question du hors-champ et de la division de l'espace (comme métaphore d'une danse en fragments ?).

Faire l'expérience d'une mémoire corporelle.

Quatre danseuses et deux danseurs se partagent le plateau durant 1h15 et investissent les différents espaces créés selon un large éventail de combinaisons : solo, duos, trios, quartet, etc. Et si les dix premières minutes nous montrent, dans des séquences répétées 2 ou 3 fois dont on peut lire aisément les actions, un Noé Soulier que l'on connaît bien maintenant, la suite de la pièce, par la transposition d'actions simples et universelles à l'ensemble du corps, par l'écriture chorégraphique qui recompose et recombine des gestes délestés de toute finalité, par l'intensité et la vivacité que déploient les six interprètes, semble ouvrir de nouvelles perspectives en s'adressant à notre propre mémoire corporelle.
 
Si tou.te.s les interprètes sont remarquables, les solos, duos et trios féminins sont un vrai régal. Le duo final de Julie Charbonnier avec Yumiko Funaya nous offre, moment unique dans la pièce, une danse tout en contact, à l'équilibre fragile, ou les corps semblent chercher à s'épouser. Magnifique introduction à ce final collectif ou chacun.e se saisissant d'une plaque de métal d'aluminium la façonne sur son propre corps et l'érige en sculpture comme pour y inscrire l'empreinte de son geste et en garder la mémoire définitive.

Spectacle vu le 19/11/2022 au Centre Pompidou. Conception, chorégraphie : Noé Soulier. Avec : Stephanie Amurao, Lucas Bassereau, Julie Charbonnier, Adriano Coletta, Meleat Fredriksson, Yumiko Funaya, Nangaline Gomis